Google France  va former 70 000 personnes au numérique

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Propos recueillis par Thomas BRONNEC.

Google lance, jeudi 11 mai à Angers, un ambitieux programme. À cette occasion, Sébastien Missoffe, le nouveau patron de Google France, accorde à Ouest France sa première interview.

Google lance jeudi 11 mai à Angers un ambitieux programme de formation qui se déploiera dans une centaine de villes d’ici la fin de l’année. Le groupe américain veut aider 70 000 personnes à s’approprier les outils du numérique. A cette occasion, Sébastien Missoffe, patron de Google France, arrivé à Paris il y a six semaines en provenance de la Silicon Valley, accorde à Ouest-France sa première interview. A 43 ans, l’ancien vice-président de Youtube, qui a été embauché chez Google il y a dix ans, entend faire « arriver la transformation numérique jusqu’au Conquet », d’où sont originaires ses grands-parents.

Vous souhaitez former gratuitement 70 000 personnes aux métiers du numérique en France. Notre pays est-il si en retard ?

Pas du tout ! Depuis quelques années, nous notons une accélération du dynamisme des start-ups dans notre pays. La présence française au Consumer electronic show à Las Vegas a été très remarquée. Et il y a un réel savoir-faire français dans beaucoup de domaines : l’artisanat, le luxe, la gastronomie, et bien sûr les métiers scientifiques. La Silicon Valley compte beaucoup d’ingénieurs français, et ici, chez Google France, ils sont 140, sur 700 salariés. C’est un ingénieur français qui a inventé la « cardboard ». Ce sont des lunettes qui permettent de transformer votre téléphone en visionneuse 3D, pour quelques euros. Nous souhaitons simplement prendre notre part à l’accélération de la transformation numérique du pays.

Vous allez faire un véritable tour de France dans les mois qui viennent…

Je commence par Angers, qui est une ville où nous avons déjà mis en place quelques initiatives, et qui a été très vite réceptive. Et je veux effectivement multiplier les visites sur le terrain. Ce que j’ai appris ces dix dernières années, c’est que les technologies ne marchent que si on est très à l’écoute des utilisateurs. C’est fascinant de voir comment chacun s’approprie nos produits.

Quel public voulez-vous former ?

Ce projet c’est une accélération de ce que nous avons mis en place depuis cinq ans. Le premier groupe auquel nous nous adressons, ce sont les TPE-PME. Souvent, pour les petites entreprises, se former sur le numérique, c’est une démarche presque aussi intimidante que remplir sa feuille d’impôt. Or, savez-vous qu’un tiers des requêtes mobiles sont des requêtes locales qui les concernent potentiellement : « où est la pharmacie ? », « à quelle heure ce restaurant est-il ouvert ? », « où puis-je trouver un plombier ? » Avec les chambres de commerce, nous aidons les TPE-PME à avoir plus de succès. D’après une étude du cabinet Roland Berger, 59 % des Français achètent en ligne, mais seulement 11 % des entreprises vendent en ligne. C’est pour permettre aux entreprises de saisir cette opportunité que nous lançons ces actions de formation sur le terrain.

 

Concrètement, que pourra retirer une entreprise de ces formations ?

Un restaurant à Angers pourra, grâce à nos outils, savoir exactement à quel type de requêtes son nom est associé, quels plats les clients potentiels recherchent, afin de mieux piloter son business. Nous travaillons avec une entreprise traditionnelle fondée en 1978 en Eure-et-Loire, Stores et Rideaux, depuis plusieurs années. Ils ont vécu une réelle mutation de leur production et de leur distribution avec le numérique. Ils ont augmenté leur chiffre d’affaire de façon incroyable et recruté 5 collaborateurs.

Quel est l’intérêt de Google dans ce plan de formation ?

C’est positif pour les entreprises qui se développent, et c’est positif pour Google grâce au chiffre publicitaire généré. C’est du gagnant-gagnant.

Les particuliers auront-ils aussi accès à votre initiative ?

Absolument. Nous travaillons de près avec les universités, ville par ville, pour améliorer l’employabilité des étudiants grâce à une certification délivrée sur le marketing digital. Conception de sites web et d’applis, analyse des données, mise en place de nouveaux formats publicitaires… 50 000 emplois ne sont pas pourvus dans le numérique. L’idée est de remédier à cela. Plus largement, tous les utilisateurs pourront bénéficier de nos formations. Quand j’avais douze ans, mes parents me forçaient à apprendre les verbes irréguliers en Anglais. Aujourd’hui, mes enfants de neuf et douze ans s’amusent à coder tous les soirs. Cette envie se répand très vite, c’est comme le dab ! Nous avons donc mis en place un partenariat avec des associations, dont Code Club France, pour permettre aux enfants d’apprendre de façon ludique la langue qu’il faudra savoir maîtriser dans les années qui viennent.

L’éducation aux métiers du numérique, c’est aussi l’éducation à l’information, à l’heure où se multiplient les « fake news »… Quelle part prenez-vous à la lutte contre ces fausses informations qui ont inondé la campagne américaine, et touchent aussi la France ?

C’est un sujet très important pour nous. L’ADN de Google c’est de donner l’information. Nous apportons d’abord une réponse technologique : nous avons coupé la publicité sur les sites qui relaient ces fausses informations, pour leur enlever toute motivation. Nous avons aussi noué des partenariats avec 37 rédactions, dont Ouest-France, via le projet Crosscheck. Désormais, si vous tombez sur une information qui n’est pas fiable, elle est identifiée comme telle.

Pourquoi ne pas aller jusqu’au déréférencement ?

Plus une information est juste, utile, intéressante, meilleur sera son référencement. Mais ce n’est pas le rôle de Google de dire ce qui doit être visible et ce qui ne doit pas l’être. Si quelqu’un pense que les extraterrestres vont arriver, ce n’est pas à nous de juger. Ce n’est pas à Google de décider ce qui a sa place ou pas sur Internet. Nous appliquons la loi, et nous avons également nos règles d’utilisation.

Pourtant, de nombreux contenus violents, racistes, sont visibles sur Internet. Certains annonceurs vous ont d’ailleurs reproché d’y avoir été associés…

Nous observons des règles très strictes pour repérer les contenus illégaux. Dès qu’une vidéo est signalée, nos équipes l’analysent. En 2015, nous avons enlevé 14 millions de vidéos et nous visionnons chaque jour 100 000 vidéos qui nous ont été notifiées. Nous avons des principes clairs sur lesquels nous ne transigeons pas. Les annonceurs avaient des raisons de se plaindre, et ils ont été entendus. Nous expliquons aux agences de publicité les règles d’exclusion permise par nos outils pour leur éviter de tels déboires, et nous investissons sur l’intelligence artificielle pour nous améliorer sur ces sujets.

 

Où en est Google France de ses démêlés avec le fisc ?
Une enquête pour fraude fiscale a été ouverte… Et la filiale italienne a réglé la note.

Je ne peux pas communiquer sur des affaires judiciaires en cours. Internet et la dématérialisation des échanges commerciaux ont soulevé des questions importantes sur la fiscalité européenne et nous sommes à la disposition du prochain gouvernement pour aborder ces questions.

Justement, connaissez-vous Emmanuel Macron ?

Je ne l’ai jamais rencontré. Mais nous avons hâte de travailler avec le nouveau pouvoir en place. Je viens de revenir en France après onze ans aux Etats-Unis. On me parlait de défaitisme, de morosité. Mais ce que je vois, ce n’est pas ça. Je sens de l’optimisme, une vraie envie de changement. C’est très excitant.

 

Source : Ouest France

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